Guerrières
La série Guerrières est encore aujourd’hui au stade de recherche. Dressées comme une armée de terre, paupières closes, cette sentinelle silencieuse protège. Le travail de la terre convoque la sensualité pour faire émerger ces figures féminines. Il est charnel, dans un besoin d’être au corps à corps où le geste devient un moyen de chercher une forme de force. En même temps la terre est un matériau fragile. Chaque étape de la création est un risque pris avec la matière. À l’état cru, elle est vulnérable ; la cuisson elle-même constitue une épreuve. Chaque étape du processus engage une prise de risque. Cette fragilité inhérente à la matière entre en résonance avec les figures qu’elle donne à voir : des corps à la fois puissants et exposés, traversés par une tension constante entre résistance et vulnérabilité.
Les visages sont ici créés, de nouveau, par empreinte dans un même moule. Tous similaires au départ, ils émergent dans leur singularité par l’apparat floral et les peintures qui parent le visage. Ces attributs ne relèvent pas d’un simple ornement, ils portent en eux une charge narrative. Ils opèrent comme des marqueurs identitaires, qui à la fois révèlent et dissimulent, et confèrent une forme de puissance.
Les paupières sont closes, le regard est dissimulé. Les peintures masquent en partie le visage. La singularité, loin de disparaitre derrière ces apparats, se révèle à travers eux. Ils constituent l’identité du sujet. Nous sommes ce que nous choisissons de montrer, et c’est là un pouvoir. Les fleurs, les peintures, racontent une histoire personnelle. Elles créent l’individualité. Si au départ toutes les figures sont identiques, c’est par cela qu’elles se distinguent les unes des autres. Les peintures guerrières protègent celle qui les porte. Elles n’effacent pas les failles : elles permettent de les sublimer. La patine révèle le relief incrusté dans la peau.
La peinture sur le visage traverse de nombreuses cultures, où elle opère comme un langage : elle marque l’appartenance, protège, transforme ou relie à des dimensions spirituelles. Des pratiques rituelles africaines aux peintures de guerre amérindiennes, en passant par les codes esthétiques du théâtre japonais, le visage devient un espace de construction identitaire. Chaque motif a une signification précise.
L’application des peintures sur le visage se fait dans une dynamique collective et revêt un rôle social essentiel. Le geste lui-même fait sens, il est codifié et peut durer des heures. Il est performatif. Peindre les visages de mes Guerrières avec les motifs de mon propre langage, c’est leur donner une identité et entrer en dialogue avec elles dans le partage d’un instant commun qui constitue le paroxysme du processus de création.
















